Home, Crowned Home, « performance » du 25 mai 2019, au Musée Ailleurs Lab, à Shenyang, dans le Liaoning, en Chine.

Expérience d’une version plus so(m)bre et diffuse de ma figure impériale, au cours d’une sorte de fable compilant plusieurs actions symboliques, après une semaine de vie au sein de la cour du Musée sans parler ni sortir. Semaine où je fus nourris par les visiteurs.ses du musée, qui à tour de rôle se déléguaient cette tâche. Ils parlaient, je répondais à l’écrit – ne pouvant parler autrement. Cela imposait un rythme plus lent et eut pour conséquence de densifier les échanges, de les rendre plus profonds. Une sorte de discussion dont le prix était d’offrir à manger à un artiste.

Du reste, il y avait un jeu quotidien avec mon muret de briques, en quelque sorte ma frontière avec le monde. Un jeu de la souveraineté, du territoire, de l’espace vital individuel mais où se figurait tout de même des interactions au monde, avec les tables pour manger qui étaient à cheval sur la frontière. Une après-midi, j’allongeai même ma frontière en un long chemin à travers toute la cour pour pouvoir assister à une cérémonie du thé.

La forme  » spectaculaire  » de la performance venait conclure cette semaine. Les intentions étaient confuses, je voulais à la fois parler de politique, de répression et de difficulté à exprimer une parole singulière ; tout autant, je voulais parler aussi de confrontation à d’autres cultures, de difficultés à s’exprimer ou s’entendre entre individus. En même temps, produire une performance politique en Chine nécessite de passer par la poétique, pour échapper à la censure. En tant que blanc occidental, je risquai peu à la frontalité des images, mais j’aurais pu mettre en danger mes hôtes. De même, je vibrais encore des 6 premiers mois du mouvement des Gilets jaunes, en France, et j’eus du mal à me projeter, par la performance, dans une critique du régime chinois. Je ne maîtrisais pas bien le sujet, et plus encore, je n’étais pas légitime. Tout au mieux étais-je un touriste-artiste.

La performance se divise en différentes actions, qui viennent créer d’elles-mêmes une narration, par l’accumulation linéaire des symboles incarnées. « D’abord, je sors de ma frontière de briques, pris au piège dans une bulle transparente, avec laquelle le contact avec les autres est impossible, ou brutal. On me bouscule, on me fait glisser, tomber dans les escaliers. Je me retrouve seul, dans ma bulle. Je m’ensauvage, et me libère à grand coups de couteaux. Rattrapé par la brutalité, de grandes matraques de plâtre me sont brisées sur le dos. J’y résiste et fend la foule pour rejoindre mon territoire initial. Je m’y couronne, et on m’y célèbre, avant de rentrer dans ma tente.

J’ai l’impression d’avoir parlé beaucoup à cette rage individualiste que j’ai ressenti chez certains interlocuteurs chinois, d’autres en ont moins dit qu’iels en pensaient mais semblaient avoir compris que je parlais aussi d’état et de Police. Le thème de la souveraineté a été compris par tous et toutes. Autant à échelle individuel qu’à échelle de la cité. Le fait de définir soi-même ses propres règles de contact au monde, de choisir son rapport aux autres, de subir les conséquences de son expression au monde, d’en faire sa fierté. D’être royal au monde.

En espérant avoir trouvé un chemin esthétique pour parler de politique ici, en Chine, mais pas que, tout en ayant hâte de retrouver des chemins sans équivoque.

Merci à Ailleurs Residency, à ISBA ART ailleurs Museum, à ISBA Beaux-Arts pour cette résidence. Merci aux stagiaires qui ont participé, merci 孙意超, Tao et Fu Le Chao de m’avoir matraqué. Paragraphe

Merci à Anhercn pour le montage de la vidéo.